16 septembre 2020

Bref, il a appelé la police. Et la police est venue.




Que je te replante le décor. On est en Août 2020. On a emménagé depuis environ un mois, la maison est en chantier : cartons pleins ou à moitié vides dans toutes les pièces, coups de fil pour les travaux toutes les heures, liste de tâches longues comme le bras… on est en plein milieu de notre emménagement et des travaux, on sait pas trop où donner de la tête, les entrepreneurs défilent pour commencer à bosser ou venir faire des devis. Et puis à côté, on est en plein été, il fait chaud et on a trois pirates qui sont pas du genre à rester plantés là sans rien faire, faut les occuper.

Ce matin-là, il y a deux gars - des copains dans le bâtiment - qui sont en train de bosser dans ce qui à terme sera le jardin. La porte fenêtre du salon est ouverte, ils m’appellent pour me demander un truc, je les rejoins avec le petit d’un an et demi dans les bras, on discute deux minutes, à mon tour j’appelle Melissa pour lui demander son avis. Les grands jouent à l’étage. Enfin, je crois.


Pis là on entend un bruit, ou plutôt une sonnerie un peu étrange. On se retourne, et derrière nous y’a Le Petit Coeur, 5 ans, qui nous regarde tous les deux avec des yeux ronds mi-mal à l’aise, mi-amusé, le téléphone de Melissa entre les mains. Melissa lui rappelle pour la énième fois qu’on ne joue pas avec les téléphones pendant que je lui reprends vite des mains pour essayer de comprendre ce qu’il a fait. Sur l’écran, une conversation téléphonique de quelques secondes que je m’empresse de raccrocher.

Faut savoir que ma P’tite femme, depuis qu’on a emménagé en Angleterre, bah elle arrive pas à imprimer le numéro des urgences. Du coup pour éviter de se retrouver démunie s’il lui arrive un truc, elle l’a rentré dans ses favoris et dans les raccourcis de son téléphone. Ce qui, quand un de nos marmots nous pirate le portable en douce, donne lieu à ce genre d’imprévu. Sauf que jusque là, ils avaient jamais eu assez de temps pour que quelqu’un décroche vraiment de l’autre côté. Bein y’a un début à tout comme on dit.

Alors bon, on finit de discuter des aménagements du jardin avec les ouvriers, pis comme les 3 là sont manifestement bien en forme, je me dis que je vais les emmener faire un tour en vélo. Melissa étant enceinte de plus de 7 mois, autant te dire qu’évidemment elle ne vient pas avec nous. Mais la fenêtre est ouverte et pendant que j’installe le petit dernier dans le siège bébé sur mon vélo, j’entends son téléphone qui sonne, elle qui décroche et commence à énoncer son nom, prénom, notre adresse etc. Dans ma tête j’me dis « Ah bah voilà, c’est les urgences qui rappellent à cause du coup de fil de tout à l’heure ». Dehors, toutes portes ouvertes, y’a toujours les entrepreneurs qui discutent en bossant, qui rentrent et sortent avec leur matériel. Melissa explique à la police - puisque c’est la police et pas les pompiers -  que c’était une erreur, que les enfants ont pris son téléphone pour jouer avec et ont utilisé ses raccourcis. Elle s’excuse plus d’une fois, j’entends bien qu’elle sait plus trop où se mettre. On lui demande si quelqu’un est entré chez nous de force, elle répond que non non, tout va bien, y’a que nous. Et nous du coup on part à vélo.




Quand on rentre de notre balade, Méli demande au Petit Coeur de monter, elle lui dit cette phrase qui généralement les rend vite penauds : « Viens voir là, faut qu’on discute ». Il monte et elle prend dix bonnes minutes pour lui expliquer que la police a téléphoné, que le coup de fil qu’il a passé plus tôt pour s’amuser n’a pas amusé les policiers, que c’est sérieux, que c’est pas son téléphone, etc. etc. Le gosse comprend bien, il dit qu’il est désolé, je pense qu’il a capté qu’il avait fait une bonne boulette.

Il ressort de la chambre et va tout expliquer à son grand frère de 7 ans et demi. Cinq minutes plus tard on les voit ressortir de leur chambre à eux déguisés en policiers (enfin comme on a pas de costume de policiers ils se sont mis leurs casques de bricoleurs sur la tête avec collé dessus un post-it avec une étoile dessinée pour faire comme les shérifs, et en dessous ils ont sorti la chemise blanche et les gilets bleu marine qu’ils avaient au mariage de ma soeur. Bref. S’en suivent de longues minutes à jouer aux flics, en haut, en bas, tous fiers, à rentrer et sortir du jardin pour interpeller des méchants.

Et puis nous, bein maintenant qu’ils sont tranquilles et que Méli a son téléphone à portée de main, on se remet au boulot. Elle commence à préparer le repas du midi et moi j’accueille un paysagiste qui vient jeter un oeil au jardin en travaux pour causer gazon et compagnie. On est dans la cuisine, et c’est là, alors que notre discussion touche à sa fin, que je vois une voiture de police se garer et deux policiers, un homme et une femme, en uniforme en sortir… pour se diriger chez nous. Ça a pas loupé. C’est bien pour nous.

Je les invite à rentrer. Le policier se dirige avec moi dans le salon, pour jeter un oeil et discuter un peu. Il regarde un peu partout. Les gamins sont en bas, ils font une ronde dans le jardin, toujours déguisés en policiers. Alors je les appelle et je leur dis « tiens, v’nez voir par là, les gars, venez voir qui est arrivé ». Quand le Petit Coeur se retrouve devant le policier, avec son képi, son talkie, son uniforme complet… il se retrouve tout intimidé. Je crois que dans le fond, cette histoire de coup de fil à la police c’était resté assez abstrait dans sa tête, là ça se concrétise en quelques secondes et même si j’essaie de garder mon sérieux, je peux pas dire que je me marre pas intérieurement. Le Petit Prince est bien surpris aussi quand il débarque, mais lui, qui manifestement n’a jamais la conscience bien tranquille, se met à débiter toute l’histoire, balance son frangin en deux temps, trois mouvements, il dit que lui il a pas touché le téléphone, que c’est son frère qui a appelé, et le petit à côté qui dit rien, parce que bon, on ment pas à un képi hein…




La policière reste dans la cuisine pour poser des questions à Melissa. Rebelotte : nom, prénom, âge de chacun et date de naissance de chacun. Pourquoi vous avez appelé. Que faites-vous aujourd’hui. Qui est dans votre jardin. Est-ce que quelqu’un est entré par effraction. Est-ce que quelqu’un nous a menacés. Melissa répond « non, non, vraiment tout va bien », comme elle l’avait fait plus tôt au téléphone. Et elle s’excuse encore auprès de la policière, la pauvre, parce que vraiment ça nous met mal à l’aise de les avoir fait se déplacer pour rien, quoi… Et c’est là qu’on comprend le truc : la policière lui explique que s’ils se sont déplacés, c’est parce que quand leur centrale a rappelé ma femme, ils lui ont demandé si quelqu’un était entré et que par réflexe, Melissa avait répondu « non, non, y’a que nous », alors que dans le fond, ils ont entendu du bruit. Donc, dans le doute, ils ont envoyé deux agents pour vérifier qu’on ne répondait pas sous la contrainte. Petit quiproquo mais bonne réaction, je dois dire. Alors, certes, ils sont arrivés une heure après l’appel du Petit Coeur (si y’avait vraiment eu des méchants, on aurait peut-être eu le temps de se faire trancher la gorge, qui sait) mais ils sont quand même venus d’eux-même jeter un oeil malgré le fait qu’on leur ait dit que tout allait bien. Et quand ils s’en sont assurés, ils sont repartis.

Morale de l’histoire : j’ai désactivé les raccourcis sur le téléphone de ma femme et les p’tits gars sont pas prêts de s’amuser à nouveau à chiper un téléphone pour appeler les urgences, faites-moi confiance.


J’avoue que la bêtise numéro 1 qu’on avait enregistrée jusque là, ça avait été le jour où le grand avait balancé son biberon plein dans l’écran de mon ordinateur - qui n’avait pas survécu (l’ordi, hein, pas le gosse). Mais je crois bien que son petit frère l’a dépassé avec cette histoire de policiers, et je me demande bien ce que le 3e et numéro 4 vont nous concocter. Comme disait ce bon vieux Jacques Martin « Les enfants sont formidables ! ».

Alors, dis, fais moi rire : c’est quoi la plus belle boulette qu’ils vous aient faite, vos gamins à vous ?


Je suis sûr qu’il y a bien moyen de se marrer en commentaires,
alors vous gênez pas ! 




Golden Daddy



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