11 juillet 2018

S'expatrier en Angleterre, comment faire ?



A première vue, je te dirais de prendre le ferry, le tunnel sous la manche ou l'avion. Mais quelque chose me dit que ce n'est pas le genre de réponse à laquelle tu t'attendais. Et si on répondait plutôt aux questions plus concrètes comme "Faut-il parler la langue avant de déménager ?", "Comment trouver un logement, un travail ?", "Comment fonctionne l'administration et le système de santé en Angleterre ?", "Quels sont les différences sur le quotidien avec la vie en France ?". Bref, comme on reçoit chaque jour pas mal de questions à propos de notre expatriation au Royaume Uni, je me suis dit que j'allais te préparer un petit tour d'horizon et bilan de notre première année en Angleterre.


Avant toute chose, comme d'habitude ici, je ne parle que par ma propre expérience et notre vécu à nous, on est un peu mal placés pour faire des généralités vu qu'on ne connaît personne d'autre au passage qui se soit expatrié avec des enfants et une entreprise sous le bras. Il faut donc préciser que notre situation est particulière, et que de fait, toutes les démarches que je décris ici ne sont pas forcément tout à fait celles que quelqu'un d'autre aurait à entamer s'il avait aussi un projet d'expatriation au UK.


Faut-il parler anglais pour déménager en Angleterre ?

J'ai envie de te dire que c'est une bonne question pour commencer. A quoi je répondrais que tu n'y es pas forcément obligé. Franchement, c'est évidemment un atout d'avoir de bonnes bases en anglais avant de franchir la Manche. En revanche, pour les dossiers importants, comme par exemple ton entretien pour avoir ton numéro d'assurance (voir plus loin) ou pour un suivi hospitalier (grossesse par exemple), tu peux demander à avoir un interprète, c'est compris et accessible facilement. Par contre, pour aller faire tes courses au supermarché ou pour souscrire à un abonnement téléphonique, il vaut mieux savoir te débrouiller seul. Et si tu cherches un travail, c'est un minimum à avoir.

Quitter la France

Ca peut paraitre évident, mais quitter la France signifie quitter la France. C'est à dire que vous tu ne peux plus prétendre aux prestations de la Sécurité Sociale Française (CPAM, CAF). Bien entendu, tu conserves tes droits au cas où tu reviennes. Mais en attendant, tu dois déclarer ton changement de résidence permanente et renvoyer ta carte Vitale (formulaire S1105 disponible sur www.ameli.fr).
Concernant les impôts, il y a un système anti-double taxation. Cela signifie que tu déclares tes revenus dans les pays ou tu les perçois mais que tu ne paies d'impôts dessus qu'une seule fois. La première année de ton déménagement, tu dois donc remplir, en France, ta déclaration de revenus jusqu'à la date de ton départ, et une déclaration de revenus pour les non-résidents ensuite.




Arriver au Royaume-uni

En tant que français, ton point central pour toutes les démarches administratives est le Consulat Général de France à Londres. C'est auprès de leurs services que tu pourras renouveler tes documents d'identité, t'inscrire sur les listes électorales pour participer à la vie politique française, déclarer une naissance, etc.
Il est recommandé aussi de s'inscrire au registre des français à l'étranger.  Pour le pourquoi du comment, fais un tour sur le site https://uk.ambafrance.org/Inscription-au-registre-des-Francais-etablis-hors-de-France.

La première chose à faire une fois arrivé en Angleterre, c'est une demande de numéro de sécurité sociale (National Insurance Number = NINo pour les intimes). Il te servira dans tous tes rapports avec l'administration (trouver un emploi, percevoir des aides, parcours santé avec le NHS (National Health Service), etc.



Trouver un logement (et le garder)

Acheter un logement n'est pas chose aisée ; une agence nous a dit quand on commençait à chercher qu'il ne nous était pas possible de prétendre à un crédit sans avoir de revenus basés dans le pays depuis plus de 6 mois. De toute façon, vu le prix de l'immobilier dans les régions que l'on visait, la question ne se posait pas, c'était totalement hors de notre budget et on n'avait pas le cash pour acheter sans crédit, donc problème résolu, pour nous ça a été location. Le site rightmove regroupe presque toutes les annonces immobilières disponible, c'est via ce site qu'on a trouvé notre maison.
Au niveau documents, jusqu'à ce que le Royaume-Uni sorte officiellement de l'Union Européenne (Brexit), les citoyens de l'UE ont le droit de louer un logement sans avoir à faire de demande particulière (visa, autorisation de résidence, ...). Une fois que tu as trouvé le logement de tes rêves, il y a une phase de référencement plus poussée qu'en France ou l'agence demande des garanties, des documents et des recommandations. Ce processus est généralement payant et non remboursable, même si le logement t'est finalement refusé (compte environ 250£).
Ayant pour projet depuis des années de nous expatrier et n'ayant pas encore de revenus anglais ni suffisamment de garanties, nous avions choisi d'économiser pour proposer de payer plusieurs mois d'avance et donc mettre un maximum de chances de notre côté pour espérer être accepté par le propriétaire (qu'on appelle ici un landlord/landlady).

Il y a une grande différence par rapport à la France, c'est que les contrats se négocient à l'année, et ne sont pas automatiquement renouvelés. C'est à dire que si le proprio n'est pas content de toi (en ce qui nous concerne l'agence immobilière vient checker le bon état et la bonne tenue de la maison tous les 6 mois), tu peux te retrouver dehors en moins de deux. Et ils ne plaisantent pas avec les loyers impayés, tu es prévenu.


Vivre au quotidien

Le premier ressenti que j'ai au quotidien, c'est que tu as moins d'interlocuteurs différents, et ce, dans tous les domaines. Pour les taxes, impots, douane, cotisations, permis, droits, carte grise, sécurité sociale, allocations familiale (et j'en oublie), tout passe par HMRC (Her Majesty Revenue and Custom = Les impots et les douanes de Sa Majesté). Leur site GOV.UK regroupe tous les services qu'ils gèrent. Il est très bien fait, avec à disposition la plupart des formulaires que tu dois remplir en ligne et des procédures très claires (sauf que là pour le coup si tu ne parles/lis/écris l'Anglais, tu risques fort de galérer...).

Les anglais en général sont très orientés paperless (documents électroniques) et donc, pas de chéquier, pas de RIB papier, beaucoup de formulaires qui se remplissent en ligne, etc, ce que je trouve assez pratique.

Les ressortissants de l'EEE (espace economique européen) ont le droit de vote dans certains domaines de la vie locale. Plus de détail sur le site du gouvernement (https://www.gov.uk/elections-in-the-uk).




Le coût de la vie


  • L'immobilier : l'achat est vraiment plus cher qu'en France (sauf dans le fin-fond de la campagne, mais là je compare avec ce que je connais, c'est à dire le Sussex et le Kent). Pour la location en revanche, c'est à peu près les mêmes tarifs qu'en France et le principe du tarif qui augmente en appochant d'une grande ville marche à peu près pareil.


  • Les courses : globalement c'est un peu plus cher. Certains produits sont moins chers (comme le saumon d'Ecosse et pas mal de poissons en général) et d'autres beaucoup plus (comme les jus de fruits, par exemple). Globalement, notre budget alimentation a augmenté de 15%.
  • Les factures "courantes" : l'électricité et le gaz sont plus chers et ils sont moins à cheval sur les nouvelles normes d'économies d'énergie (tous les logements n'ont pas de double vitrage par exemple). Le traitement des eaux usées n'est pas inclus dans les impôts locaux. C'est une facture dépendante de ta consommation d'eau potable qui te parvient par un autre service.
  • Les taxes et impôts : il y a moins de taxes différentes (pas de taxes sur les ordures ménagères, pas de taxe d'habitation, pas de CSG-CRDS, etc.). Par exemple, tout ce qui concerne le logement (taxe d'habitation, contribution aux services de police et des pompiers, ordures ménagères, etc) est regroupé dans la taxe appelé Council Tax. Elle est dépendante de la catégorie du logement. Tu peux facilement trouver toutes ces infos sur Internet.


Il y a aussi un point qui m'a frappé, c'est qu'il y a globalement moins de cotisations sociales et de taxes en général. A coté de ça, tu as aussi (beaucoup) moins d'aides sociales (logique, j'ai envie de dire), sauf si tu es très démuni. Par exemple, nos allocations familiales (Child Benefit) représentent environ le tiers de ce qu'on recevait en France.

Dans l'ensemble, les restaurants sont beaucoup moins chers. Certains fonctionnent encore avec le tip (= pourboire), c'est à dire que le service n'est pas inclus dans le prix du menu. C'est inscrit sur le menu ou la note, et la coutume veut que tu laisses entre 10 et 15% du menu au serveur (en fonction de son travail, bien entendu). Mais même avec le paramètre "tip", ça reste beaucoup plus accessible de se faire une sortie au restau, même quand on est avec les enfants.



Trouver un travail

Toujours jusqu'à la sortie de l'UE, les immigrés européens ont le droit de travailler pour une entreprise anglaise. Etant tous les deux employés par notre propre société qui existait déjà en France, il a fallu transférer les activités françaises vers une nouvelle entreprise anglaise et le tour était joué.
Pour se faire, nous avons choisi d'héberger l'entreprise dans un business center basé à Folkestone, partenaire d'une comptable française basé à Londres. Cela nous facilitait grandement les échanges puisque le fonctionnement des entreprises est très différent de la France (on pourrait en écrire un bouquin, mais globalement, TOUT ce qui a un rapport avec l'entrepreunariat est plus simple ici qu'en France). Dans tous les cas, pour pouvoir travailler au Royaume-Uni, il te faudra un numéro d'assurance national (NIN).




Santé

Ton numéro d'assurance national (encore lui) te permettra de t'enregistrer auprès d'un médecin généraliste (= General Practitioner = GP) qui est le point central de la gestion de ta santé. C'est par lui qu'il faut passer pour aller voir un spécialiste, faire des radios, etc - un peu comme en France, finalement. A noter que, contrairement à la France, ce n'est pas toi qui fixe tes rendez-vous avec d'éventuels spécialistes. C'est ton GP qui envoie une lettre audit spécialiste qui te recontacte (généralement par courrier) pour te proposer une date - que tu devras modifier par la suite si elle ne te convient pas, ce qui est plutôt rébarbatif si tu as un agenda un poil blindé.

Les consultations (généraliste, sage-femme, gynéco, ORL, etc.) sont gratuites, ce qui t'affranchit de toute la partie administrative de la consultation ("Vous avez votre carte vitale ?", "Vous me devez la part complémentaire, vous payez comment ?"). C'est même très surprenant au départ puisque tu rentres dans le cabinet du médecin, il te demande ce qui ne va pas et t'ausculte, te prescrit éventuellement quelque chose, et ciao, à la prochaine.

En revanche, les prescriptions sont payantes (sauf pour les femmes enceintes, les enfants de moins de 16 ans et d'autres cas particuliers). C'est à dire que lorsque tu vas à la pharmacie, tu paies systématiquement une "contribution" (prescription fee) qui est actuellement de 8,80£ au service de santé publique (National Health Service = NHS), peut importe le prix des médicaments. C'est pour ça que les pharmaciens ont un rôle plus central sur les petites choses (rhume des foins, etc.).

Par contre, le coté négatif, c'est qu'on a subit une cassure dans le suivi ORL de nos petits, alors que tous les deux auraient eu avoir une consultation de contrôle en janvier. Leur système étant un peu étanche aux interventions des particuliers, il nous a fallu attendre sept mois pour obtenir un rendez-vous chez un ORL (= ENT = Ear Nose Throat = littéralement Nez Gorge Oreille) malgré nos relances auprès de notre GP. Ils iront finalement la semaine prochaine... Mais parait-il que c'est normal que ça ait trainé, puisque ce ne sont que des visites de contrôle. Il n'empêche que pour des parents c'est pas franchement rassurant et que du coup entre temps, on a demandé à notre GP de jeter un oeil à tout ça pour vérifier qu'au moins de son point de vue, tout allait bien.

Une fois que tu as reçu ton NINo, tu peux aussi demander ta carte européenne d'assurance maladie, pour pouvoir être pris en charge dans l'UE pour tes frais de santé.

La Banque

Il suffit de se présenter à une banque pour ouvrir un compte. C'est très simple, même s'il faut une validation de la banque avant l'ouverture. Les frais bancaires sont très faibles en comparaison de la France. En revanche, pas d'autorisation de découvert incluse, les cartes bancaires sont à validation de solde automatique (c'est à dire que tu peux suivre précisément le solde de ton compte et que le paiement t'est refusé si tu n'as pas les fonds disponibles sur le compte) et non plafonnées.
Tu peux conserver un ou plusieurs comptes bancaire en France. Pense juste à les déclarer à qui te le demande (par exemple, si tu ouvres ton compte en Angleterre alors que tu es encore résident en France, tu dois le déclarer avec tes revenus). Pour info, c'est la déclaration 3916 "Déclaration par un résident d'un compte ouvert hors de France".



L'automobile

Pour l'achat d'une voiture, je ne suis passé que par des concessionaires (que j'ai trouvés via le site motors.co.uk). Je n'ai pas essayé d'en acheter une via un particulier par peur de ne pas connaître tout les tenants et aboutissants. Les pros te proposent globalement le même genre d'offre qu'en France (Location avec option d'achat, financement, garantie, etc.). Si ça t'intéresse d'en savoir un peu plus, je t'ai déjà raconté comment j'ai trouvé ma dernière voiture dans le premier article de la série Mes voitures de Papa.

L'assurance automobile est beaucoup plus chère qu'en France. Ce sont des compagnies et non des mutuelles d'assurance, comme la majorité sur l'hexagone.
Il n'y a pas de frais de carte grise. Par contre, tous ans, tu dois t'acquitter de la Road Tax qui se calcule en fonction des émissions polluantes de ta voiture et de sa catégorie. Tu trouves cette information sur la plupart des annonces.
Le MOT correspond au contrôle technique et doit être fait tous les ans, à partir de la troisième année d'immatriculation.
Pour les informations légales, tu trouveras ce dont tu as besoin sur le site du DVLA (=service des véhicules) ici : https://www.gov.uk/legal-obligations-drivers-riders

Ah, important aussi : pour répondre à cette question qui m'a été beaucoup posée, oui, on se fait très facilement à la conduite a gauche ! La première fois que j'ai conduit une voiture anglaise, c'était lors de notre virée à Londres en 2015. J'étais bien content d'avoir loué une voiture automatique pour ma première fois. La seconde fois ou j'ai conduit, pas d'incident à déplorer. Le plus surprenant, et ce qui met le plus de temps à rentrer, ce sont les rond-points. Mais avec un peu de concentration, ça rentre assez facilement.

Ce qu'il faut retenir, c'est "qu'il y a de la voiture sur la gauche". Donc attention à ne pas trop serrer à gauche quand tu roules (pas comme moi qui ait explosé la jante arrière gauche de l'Audi A1 qu'on louait au premier rond-point).




Quid du Brexit ?

A l'heure où j'écris cet article, les conditions de sortie du Royaume-Uni sont encore en cours de négociation. L'actualité est à suivre sur le site de l'ambassade. Dans le Kent, où nous vivons, on a rencontré aucune hostilité face aux français. En même temps, la grande majorité a voté pour rester dans l'UE (tout comme à Londres et en Ecosse) et tout le monde nous l'a fait savoir. Affaire à suivre donc, mais on n'est pas particulièrement inquiets sachant qu'on est véritablement installés ici et qu'on travaille. D'après ce que nous disent les anglais ici, le Brexit viserait surtout à limiter ou faire régresser l'immigration massive provenant d'Europe de L'Est (Pologne, Albanie, Slovaquie...) , on ne se sent donc pas particulièrement concernés même si on ne peut pour le moment être sûrs de rien.




En bref ? L'expatriation au UK, ça peut paraitre complexe, sans doute d'abord de franchir le pas, mais une fois qu'on a les bonnes informations, ça se passe bien. En ce qui nous concerne on s'est vite fait à ce nouveau mode de vie et on n'a pas le moindre regret.



Et toi, prêt à franchir le pas de l'expatriation ? Si oui, dans quel pays ?

Golden Daddy

6 commentaires:

  1. Et dans tout ça, votre intégration à vous? Vous parlez beaucoup de celle de vos enfants, mais pas de la vôtre!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ha ha, patience. Melissa en parlera dans sa vidéo de vendredi. Je me suis attardé sur les aspects plus "technique" pour ne pas qu'elle ait à le faire devant la caméra, ce qui deviendrait vite barbant.
      Mais pour répondre à ta question, on s'y sent réellement bien. A mi-chemin entre le calme et le sentiment d'être perpétuellement en vacances.

      Supprimer
  2. Il faut pas être allergique à l'administration quand on s'expatrie ! ^^ Je me demandais comment cela se passe au niveau de la retraite du coup ?

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Coucou Aurore,

      Je ne sais pas comment ça se passe pour nos cotisations retraite en France. Il faut que je me renseigne. Pour l'Angleterre, je sais que l'on cotise via nos salaires.

      Supprimer
  3. De mon côté, je rêve de partir vivre en Angleterre (plus dans le Nord ou même Londres) mais, étant encore en plein dans mes études, il est plus que certain que le Brexit sera déjà bel et bien mis en place!
    En tout cas j’espère arriver à pouvoir y vivre un jour...
    Très bon article au passage!
    Bon week-end.

    RépondreSupprimer
  4. Merci pour cet article super complet! Tu as dû en mettre du temps à tout rassembler....

    RépondreSupprimer

L'espace des commentaires est là pour te permettre d'exprimer ton opinion sur le sujet en cours, de proposer des alternatives à mes écrits (je n'ai pas la science infuse) ou juste de faire part de ton humeur. Par contre, si tu viens ici juste pour déverser de la colère, tartiner ta "pseudo-culture" ou si tu n'es pas d'humeur à débattre intelligemment, passe ton chemin ! On est là entre potes.